Institut Supérieur de Comptabilité

& D'Administration des Entreprises

LS.C.A.E Année Universitaire 1996-1997

 

lere Année D.E.A de COMPTABILITE

SEMINAIRE D'AUDIT & THEORIES DES CONTROLES

Examen du second semestre

Durée : 3 heures

 

La légitimité de l'audit dépend-elle de l'usage que l'on réserve aux produits de la mission 7 Si tel est le cas, peut-on étendre l'assertion à l'utilité de la prestation ? Et en déduire une quelconque responsabilité de l'auditeur?

 

« Le nouveau gouvernement a demandé un audit sur les finances publiques. En tant que ministre qui a préparé le budget 1997, l'a fait voter et exécuté jusqu'au 31 mai, j'en attends le résultat avec sérénité_ Mais en tant que citoyen j'avoue ma perplexité.

Sérénité: Les chiffres sont déjà connus et, pour l'essentiel déjà publiés. Depuis 1996 nous avons pris l'habitude de publier chaque mois la

situation de l'exécution budgétaire. A la veille du premier tour des élections législatives, sur les cinq premiers mois de l'année 1997, comparés à la même période de 1996, les dépenses de l'Etat étaient en baisse de prés de 1%, les recettes en augmentation de 2,5% et le déficit d'exécution en baisse de 20 milliards. L'exécution du budget de l'Etat était donc convenablement maîtrisée.

Certes ce tableau global satisfaisant comportait des ombres dont je n'avais jamais fait mystère. Du coté des dépenses, malgré la baisse des

effectifs publics, la maîtrise était encore obtenue plus par un ralentissement des dépenses d'investissement civiles ou militaires que par la

réduction des dépenses de fonctionnement. Quant aux recettes, l'évaluation des rentrées de TVA contenue dans la Loi 1997 reposait sur les

chiffres disponibles en septembre 1996: elle n'avait pas pu tenir compte de la baisse anormale du rendement de cet impôt durant le second

semestre 1996. C'est précisément pour compenser le risque de moins-value fiscale qu'Alain Juppé avait décidé de « geler » 10 milliards de

francs de dépenses dés février- un gel qui a été maintenu malgré les tentations inhérentes à toute compagne électorale.

Cela signifie qu'à politique inchangée- c'est évidemment une précision fondamentale- notre gouvernement avait les moyens de tenir ses

objectifs budgétaires en 1997. Nous y étions déjà parvenus en 1996, malgré un taux de croissance inférieur de moitié à celui qui était

initialement prévu: à plus forte raison nous avions la capacité de le faire en 1997 avec un taux de croissance deux fois supérieur. En revanche chacun savait que la mise au point d'un budget 1998 poursuivant la baisse des déficits poserait un problème politique difficile en année électorale. Mais l'anticipation de l'échéance politique a supprimé celte difficulté, et la nouvelle majorité dispose désormais de cinq ans devant elle.

Ces _données sont .déjà connues, vérifiables, commentées et analysées par les autorités indépendantes que sont la Banque de France, la

Commission Européenne ou l'OCDE. Elles étaient jugées fiables par les plus sévères analystes des marchés financiers. De là vient la perplexité : à quoi bon cet audit ?

S'il était nécessaire, pourquoi avoir attendu trois semaines avant de l'ordonner ? Pourquoi avoir retardé la réunion de printemps de la

commission des comptes sociaux de la nation ? Pourquoi avoir annoncé, sans l'attendre, dés le discours de politique générale un premier

ensemble de mesures que les experts du pouvoir évaluent à 10 milliards de francs de dépenses supplémentaires dés 1997 et à plus du double en 1998 ? Pourquoi avoir envoyé dés la fin de juin à tous les ministres la traditionnelle lettre de cadrage, qui donne à chacun ses objectifs budgétaires pour 1998 ? et pourquoi avoir laissé dire à plusieurs ministres (Justice, culture, éducation, fonction publique ...) qu'ils avaient l'assurance de disposer bientôt de moyens supplémentaires ?

Si cet audit était nécessaire, pourquoi ce gouvernement qui prétend " agir autrement " et ne rien faire sans concertation a-t-il

renoncé à telle procédure contradictoire ? La compétence et l'indépendance d'esprit des deux magistrats désignés ne sont pas en cause.

Mais ils ne pourront avoir accès qu'aux seules prévisions et aux seules analyses des services placés sous l'autorité hiérarchique de l'actuel

gouvernement.

En fin de cet audit quel sera l'usage ? à supposer qu'il fasse apparaître une situation moins favorable que celle que nous attendions,

quelles conséquences le gouvernement en tirerait-il ? Q'il faut un nouvel effort de réduction des dépenses ? Ses électeurs risqueraient de

trouver la ficelle un peu grosse. ou que, nonobstant cette situation, le gouvernement s'engage décidément dans la relance de la dépense

? Les commanditaires de l'audit devraient alors expliquer en quoi un déficit « de droite » serait malsain, alors qu'un plus fort déficit « de

gauche » aurait toutes les vertus.

La vérité c'est que le nouveau gouvernement a besoin de temps. Non pas pour connaître la situation réelle des finances publiques, mais

pour préciser sa propre pensée budgétaire. La vérité c'est que les choix politiques sur lesquels la nouvelle majorité a été élue sont incompatibles avec le redressement de nos finances publiques, donc avec la poursuite du redressement de notre économie et avec la participation de la France à l'Union monétaire Européenne. La vérité c'est qu'après quatre ans d'efforts et malgré une réduction d'environ 50 milliards de francs du déficit de l'Etat, nous en sommes encore à financer par l'emprunt une partie des traitements des fonctionnaires ! C'est aussi que les besoins de l'Etat assèchent la plus grande partie de l'épargne qui se place sur le marché financier, handicapant le financement des investissements prooductifs. C'est enfin, qu'avec un niveau de prélèvements obligatoires proche de 45% du revenu national, la fiscalité est devenue insupportable pour tous les types d'impôt.

C'est pourquoi, indépendamment même des exigences de l'union économique et monétaire, la poursuite de la remise en ordre des finances

publiques par la baisse de la dépense est un objectif incontournable. C'est ce qui a réussi partout dans le monde, y compris sous la direction de majorités socialistes. C'est ce que nous avions entrepris depuis novembre 1995, et dont les premiers fruits commençaient d'apparaître.

Si bien que le plus grand service que cet audit puisse rendre à la fiance, c'est de convaincre les nouveaux dirigeants que la réalité des faits doit prendre définitivement le pas sur des analyses doctrinaires jugées partout dépassées. Alain Lamassour ancien

ministre délégué au budget - le monde du vendredi 4 juillet 1997».